Les insignes tissus et peints de la 3rd

C’est lors de la guerre de sécession qu’apparurent les premiers insignes distinctifs en tissu. Il étaient de formes géométriques simples et découpés dans du drap de couleur.
Lors de la 1ère guerre mondiale, c’est à l’initiative du commandant de la 81ème division d’infanterie (le major général C-J Bailey) que fut créé le premier insigne de bras de l’US Army. Celui-ci reprenait le dessin d’un chat sauvage, symbole du comté de ‘Wild Cat’ d’où la 81ème DI était originaire.
Les premiers exemplaires de cet insigne seront livrés au début du mois d’août 1918, juste avant le départ de la division pour la France. Le port de cet insigne n’était pas réglementaire, mais il eut un tel succès auprès des autres unités de l’American Expeditionary Force (dont la 3rd), que l’Etat Major décida le 18 octobre 1918 d’autoriser l’adoption définitive pour chaque grande unité d’un « shoulder sleeve insignia ».

A l’instar des autres grandes divisions d’infanterie US d’active ayant combattu en Europe en 1917-1918, la 3eme division d’infanterie avait généralisé le port d’un insigne d’épaule distinctif (officiellement homologué le 24 octobre 1918) destiné à être porté sur l’épaule gauche des uniformes.

Modèle déposé/Institute of Heraldry drawing

Lors de la deuxième guerre mondiale, les insignes d’épaule seront de nouveau portés aussi bien sur les tenues de sortie que de combat et, dans une large mesure également sur les casques M1 de ses GI’s à partir de la campagne d’Italie.

Cet usage témoignait de la fierté d’appartenir à la plus prestigieuse des unités de l’US Army.

En référence au dessin de l’insigne d’épaule, les allemands surnommaient les soldats de la 3rd IDUS les « Blue and white devils » (les diables bleus et blancs). Surnom que la Division prendra à son compte et qui sera le titre d’un livre retraçant ses faits d’armes.

Casque modèle 1917 avec patch de la Marne Division La déclinaison des insignes divisionnaires de la Third sur les casques de combat apparait dès le retour aux Etats Unis des vétérans en 1919. Cette pratique réapparaitra au cours de la deuxième guerre mondiale de façon généralisée.

Rappelons la symbolique du patch : le fond bleu représente la couleur de l’Infanterie et les trois bandes blanches, les trois opérations principales menées par la division lors de la 1ère guerre mondiale tout en désignant celle-ci numériquement.

Les variantes de ces insignes d’épaule ou « patchs », et leur déclinaison sur les casques de combat sont l’objet de cette page.

Les insignes d’épaule de la 3rd IDUS

Au cours de la deuxième guerre mondiale, les insignes en tissus divisionnaires étaient confectionnés par tissage de fil de coton sur des bandes de tissu avant d’être découpés mécaniquement un à un. Ces « patchs » se reconnaissent notamment à leurs bords coupés nettement (procédé dit « cut edge »). On remarque souvent au dos un maillage de fil blanc.

Les patchs sont de forme carrée et mesurent généralement 5 x cm de coté.

Les fabricants civils travaillaient sous contrat avec l’US Army tandis que l’Armée avait dans le même temps ses propres ateliers et produisait des insignes sur le même mode mais avec une différence reconnaissable à leur bordure de couleur olive drab (= vert olive foncé).

Au cours de la guerre et au gré des mouvements des troupes, certaines unités  passèrent des marchés auprès de fabricants locaux.

Pour la 3rd Infantry Division ce fut surtout le cas en Italie, puis plus tard en France et pour finir en Allemagne pour les troupes d’occupation.

On reconnait les fabrications italiennes par leur texture, les insignes étant imprimés et tissés.

Certains « patches », non réglementaires, en canetille, ont été réalisés et portés par les GI’s malgré la censure de l’Ordonnance Corps…

Normalement, les insignes divisionnaires devaient être portés sur le haut du bras gauche et cousus à 1/2 inch (1,27 cm) de la couture de l’épaule.

Insigne de fabrication army, Dos de l’insigne Insigne de fabrication locale italienne façon soie Dos de l’insigne italian made
Patch army factory cut edge Illustration des bords coupés nets sur bande et du maillage blanc Patch de fabrication allemande, période d’occupation. Dos du patch, tissage sur feutre avec trame type tapisserie

Focus collection > Les modes de fabrication  des patchs :

1) 1918 -> 1930

Les insignes sont brodés sur un tissu de laine ou feutrine. Il existera aussi des modèles réalisés par collage de morceaux de tissus ou de feutres entre eux. Aux Etats Unis ces modèles sont désignés sous le vocable « Cut and Paste »

2) 1930 -> 1956

Tous les modèles sont brodés sur une trame standard. En vue de prolonger leur existence de vie, les fils de construction sur la face arrière sont renforcés ou sont amidonnés. Certaines fabrications comportent en fond un mélange de coton et de résine d’arbre; Ces modèles sont toujours avec une bordure de teinte Olive Drab. En effet à cette époque, les kits de trousses de coutures de l’US Army ne comportaient que cette couleur de fil.
Les insignes une fois brodés sur bandes sont découpés à la main. On parle alors de fabrication de type « Flat Edge » (bord plat) ou « Cut Edge » (bord coupé).


Les variantes de fabrication locale en canetille bien que non autorisés par le haut commandement furent aussi portées.

Pendant les années 1950, le tissu utilisé était de la même couleur que la couleur de fond de l’insigne ce qui permettait d’utiliser moins de trame de brodage

3) 1957- 1965

 

A partir de 1957 la bordure des patchs est réalisée avec du fil de couleur Army Green (Vert sombre armée).
Dans les années 60, les insignes sont fabriqués avec du tissu et du fil en nylon. Ce qui donne une texture beaucoup plus ferme à l’insigne par rapport aux insignes fabriqués avec du fil de coton (plus mous).

4) 1966 -> 1968

Même type de fabrication mais apparition de la version « subdued » bi-color (noir et vert) pour les tenues de combat.


5) 1968 -> à nos jours

La fabrication est de type « Merrowed » c’est à dire à bord ourlé par opposition aux bords plats « Flat edge ». Ces insignes se reconnaissent facilement grâce au cordon de fil ourlé qui dépasse de l’insigne (« Pig Tail »- queue de cochon).

 Les insignes peints sur les casques M1 de la 3rd IDUS

Dès l’entrée en guerre de la « Marne Division », le commandement encourageait le port du patch divisionnaire sur le casque de combat.

C’est à partir de la campagne d’Italie, juste avant le débarquement d’Anzio, que cet usage va se généraliser.

Les insignes étaient peints sur les deux cotés de la bombe du casque lourd et parfois également sur les cotés du casque léger ou liner.

La réalisation du patch était réalisée sur le terrain et au niveau des compagnies par des soldats plus ou moins « artistes », ce qui explique les variantes qu’on peut rencontrer : par exemple avec les bandes de couleur disposées à l’envers comme ci-dessous :

La peinture était apposée soit à main levée, soit au pochoir à la main, soit encore au pochoir avec un pistolet à peinture. Dans ce dernier cas les patchs on un aspect particulièrement soigné qui se rencontre le plus souvent sur les casques d’officiers.

Dans la plupart des cas, le patch est réalisé ainsi : le carré blanc est peint en premier et les bandes bleues sont peintes ensuite sur le fond blanc :

Démonstration avec cet insigne « relique » :

Seul le carré blanc a résisté aux outrages du temps. On devine la trace des bandes bleues qui avaient été apposées après…

Ces deux patchs ci dessus proviennent d’un liner trouvé dans les Vosges dans un secteur ou la 3rd se trouvait en octobre 1944 :
On voit bien ici comme les bandes bleues ont été peintes par                    dessus le carré blanc et ici comment le bleu ciel de début 1944 a été remplacé par un bleu plus foncé à l’automne 44

D’autres patchs illustrant les différents modes de leur réalisation :

Patch réalisé à main levée Patch réalisé au pochoir avec pistolet à peinture Patch réalisé avec deux pochoirs et peint à la main

Au cours du conflit on constate des variantes au niveau de la dimension du patch; jusqu’en fin 1944 les insignes peints étaient d’environ de 4 cm de coté,

voire même plus petits en Italie :

Patch typique campagne d’Italie de 4 cm X 4 cm, remarquez la couleur bleu pale employée alors

sauf pour les officiers qui avaient parfois des patchs un peu plus grands, 5 cm de coté, de la taille du patch tissu.

A partir de fin 1944, le port de l’insigne de 5 cm de coté se généralise.

Les insignes peints durant la campagne d’Italie sont caractérisés par l’emploi d’une couleur bleu plus claire que ceux réalisés plus tard. Ceux ci sont alors ornés d’un bleu plus soutenu plus proche de celui de l’insigne brodé.

A l’occasion du débarquement de Provence, le 15 août 1944, les casques avaient été reconditionnés et leurs insignes « rafraichis » d’une manière plus ou moins soignée…c’est ainsi qu’on peut souvent remarquer des casques M1 ornés de deux insignes peints l’un directement sur l’autre avec parfois un décalage dans l’application.

Sur cet exemple on voit distingue la trace du 1er insigne peint avec un bleu pâle et les bandes bleues appliquées au pochoir par dessus (collection Bruno Mercier) Sur celui ci on voit bien le patch en sur impression (collection Gilles Guignard)

A l’instar des découvertes réalisées lors de fouilles en Normandie et qui attestent que des casques M1 à pontets de jugulaires articulés ont été distribués dès l’été 1944, la 3rd Infantry Division à utilisé, en petites quantités, des casques de ce type lors de son parcours en France.

En témoigne ce très bel exemple de casque M1 du 1er bataillon du 7th Infantry Regiment provenant de la collection de M. Eric Schappler :

On remarque les deux patchs sur-imprimés, qui indiquent que ce casque à connu un long parcours sur l’ETO L’as de pique, identifie le 1er bataillon du 7e RIUS On distingue le jonc en inox

En effet, il s’agit d’un casque M1 avec pontets de jugulaires articulés et avec jonc inox, soit une fabrication à partir de novembre 1943 et avant octobre 1944, donc probablement distribué à un GI du 7e RIUS qui l’a gardé jusque dans les Vosges (octobre-novembre 1944), lieu de sa découverte.

A noter que durant la deuxième guerre mondiale il n’a pas été fait usage de décalcomanies.

Illustration d’un patch du 1er type,        4 cm X 4cm, bleu clair Exemple d’un insigne de 5 cm de coté, bleu clair, sur un casque d’officier (Lieutenant) Les insignes ont été ici réalisés au pochoir avec pistolet à peinture Exemple d’insignes décalés sur un liner, on voit bien les deux couches de peinture.
Exemple d’un insigne tardif, grande taille et couleur sombre. Bel exemple de patchs superposés sur liner reconditionné
Ensemble avec insigne 4,5 X 4,5 bleu plus soutenu, provenance Lyonnaise.

Une particularité concerne les casques des bataillons du 7th infantry regiment de la Third Division, en ce que ceux ci sont ornés en plus de symboles du jeu de carte de bridge, à l’arrière de la bombe. Selon des vétérans du 7th IR, Joe Fournier et Emil Bonagura notamment, les as Cœur, Pique et Trèfle étaient utilisés pour des besoins d’identification.

As de pique pour le 1er Bat, as de cœur pour le 2nd et as de trèfle pour le 3rd Bat.

« Lors de l’opération ANVIL en août 1944, alors que le 7th IR devait débarquer en avance du 30rd IR, le commandement avait souhaité éviter la possibilité d’incidents de tir entre unités amies. C’est pourquoi au 7th IR les casques furent revêtus d’un marquage à l’arrière pour identifier chaque bataillon. Ainsi, quand le 30rd IR fut en position de traverser les lignes du 7th IR pour prendre le pont sur la Mole et la ville de Cogolin, ils étaient en mesure de distinguer les amis des ennemis »

Sur cette photo prise en juillet 1944 en Italie figurent les fantassins du 7th Infantry à l’embarquement pour un exercice préparatoire au débarquement de Provence. On remarque les as peints à l’arrière des casques et le port systématique de insigne de la division des deux cotés du casque M1. Joe FOURNIER et son casque M1 orné de l’as de trèfle identifiant le 3ème bataillon du 7ème RIUS (Autriche 1945)

«I was just a plain company dogface soldier.  Each of our 3 Bns. had a diffferent card suite.  As a member of the
3rd Bm. we had the « Club »»
 Joe FOURNIER 11 avril 2004

 

Servants de mitrailleuse du 1er bataillon du 7th IR

du coté de Lunéville fin 1944

 

Enfin, selon le Major Général Frank IZENOUR qui commandait le 1er bataillon du 7th IR en 1944, l’as de carreau aurait été utilisé pour identifier la compagnie de commandement.

Le 7th Infantry Regiment utilisera ces marquages jusqu’à la fin de la guerre, et pas seulement sur les casques…

Remarquez ce trèfle identifiant le 3rd Battalion sur ce LCI dans la baie de Cavalaire le 15 août 1944…

Illustrations de casques ayant survécu jusqu’à nos jours :

As de pique 1er bataillon As de cœur 2ème bataillon  

As de trèfle 3ème bataillon

 

As de carreau compagnie de commandement (Head Quarter) As de carreau sur un autre casque de la Third.

(collection particulière provenance Vosges)

Ensemble casque lourd et liner provenance lyonnaise Détail du patch : on voit les deux couches apposées sur le casque lourd
Casque provenance Bruyère (Vosges) – le liner n’a pas d’insignes
Liner aux couleurs de la Third
Ci dessous : casque aux couleurs du 1er bataillon du 7e RIUS
Liner Firestone
Détail des patchs peints au pochoir On voit bien que le premier pochoir était pour le fond blanc

Sur le sujet des marquages en peinture des casques M1 de la 3rd Infantry Division, on se reportera utilement sur l’excellent article de Frédéric BLAIS et Régis Giard dans le numéro 285 du magazine Militaria Magazine :

Les insignes fantaisie :

Au niveau des insignes tissu, on remarque la création d’un insigne spécialement conçu pour les membres des « Battle Patrols » qui est apparu à la fin de la guerre sans être homologué, ce qui bien sûr n’a pas empêché les plus individualistes de le porter !

Enfin pour être complet, il était aussi fabriqué pour satisfaire à la demande des « Marne men » et autres « Dogface soldiers » toute une série de déclinaisons de l’insigne divisionnaire sous des formes fantaisie telles que pince à cravate, boutons de manches de chemise, bracelets, bagues…etc, ce qui témoigne bien de la coquetterie et surtout de l’esprit de corps qui animait ces hommes!

 

Voici à titre d’illustration quelques exemplaires de ma collection :

 

Insigne émaillé Dos de l’insigne avec fermeture à épingle
Pince à cravatte
Paire de boutons de manchette