Témoignages

 

> Témoignage de Pierre Antoine, auteur du livre "Lure Libéré" à compte d'auteur 1990


L'arrivée des troupes libératrices se fait sentir un peu plus chaque jour...

 

Les bombardements

Après le bombardement des gares de Vesoul et de Gray, c'est au tour de celle de Lure, le 28 août, par les appareils américains

du 479th Fighter Group de la 8ème Air Force.

Dans la cour de l'ancien collège, un hasard malheureux y fait stationner une unité de la Luftwaffe repliée de la base d'Istres. Il s'agit

d'un détachement de la flak (défense anti-aérienne). A la vue des "Lightnings" s'en prenant à un objectif tout proche, les allemands

mettent rapidement en batterie une arme automatique. Mais leur tir est vite repéré par les assaillants et les avions vont s'offrir ce

petit objectif supplémentaire. les deux chasseurs bombardiers attaquent en piqué. L'un deux largue une bombe qui s'écrase à

courte distance de là...sur le bâtiment qui abrite en autres les services des PTT...

 

                                                       

                                                           Le bâtiment des Postes Télégraphes et Téléphones après le

                                                                                bombardement du 28 août 1944

 

Le 9 septembre, une nouvelle attaque de la gare, toujours par le même type d'appareils. Cette fois

l'objectif est une rame de wagons stationnée au quai militaire. Il s'agit d'un train d'outillage, sans

doute du matériel arraché in extremis à notre patrimoine et destiné à l'Allemagne.

Un civil, atteint à la gorge d'une balle de 12,7mm, ne survivra pas à ses blessures.

                                                        Lockheed P38

                                                          Lockheed P38 "Lightning"

Caractéristiques

envergure : 15,85 m

longueur : 11,53 m

hauteur : 3 m

surface alaire : 30,43 m2

masse à vide : 5 800 kg

masse totale : 7 940 kg

masse en surcharge : 9 800 kg

Performances

vitesse maximale : 670 km/h à 7 620 m

montée à 6 096 m en 7 mn

plafond pratique : 13 410 m

autonomie normale : 725 km

autonomie maximale : 4 185 km

Moteurs

2 Allison V-17 10 89/91 de 1 470 ch 

Armement

1 canon de 20 mm

4 mitrailleuses de 12,7 mm

1 816 kg de charges externes (bombes, roquettes, réservoirs)

 

Première rencontre avec les Américains :

 

En cette fin de matinée du samedi 16 septembre 1944, terrés dans les abris ou dans les caves, les Lurons sont aux aguets

et épient les moindres faits et gestes. Le silence qui plane sur la ville est pesant mais lourd de signification et très

prometteur. Il n'y a plus de doute : les Allemands sont enfin partis...

Au même moment, un trio de résistants faisant partie d'un groupe FTP (Francs Tireurs Partisants, mouvement de résistance

d'obédiance communiste) dépendant du maquis de Franchevelle opérait en franc tireur autour de Lure. Ils sont en embuscade

à la ferme Notre-Dame (à l'ouest de Lure au carrefour des routes de Vesoul et de Luxeuil).

Ferme du Moulin Notre Dame

La ferme du Moulin Notre-Dame, vue depuis la route de Luxeuil

 

Apparaissent, venant de la direction de Luxeuil, des fantassins marchant en file indienne. Mais qui sont ils?

Nul n'a jamais vu d'uniformes américains, et pour cause ! Planqué dans le coin du hangar qui regarde la route de Luxeuil, l'un des

résistants se hasarde à montrer le bout de son nez...et son brassard tricolore, tandis que les autres le couvrent.

 

En face, ce sont immédiatement des cris de satisfaction et de bienvenue. La rencontre s'effectue au carrefour des routes et le

trio signale tout d'abord la présence de mines qui sont matérialisées sur le champ par des rubans blancs.

Puis on progresse vers la ville.

 

Au garage Chouffot, le propriétaire brandi un drapeau américain de fabrication maison.

Un officier américain tempère son ardeur en lui demandant de le retirer provisoirement: une contre attaque allemande est

toujours possible et si l'ennemi venait à s'emparer de leur drapeau, ils seraient obligés de se battre pour le récupérer.

 

Les américains se montrent très stricts en ce qui concerne la sécurité : ils interdisent également de sonner les cloches

à leur arrivée pour ne pas donner d'indications à l'ennemi...

 

L'arrivée des américains en ville :

 

Les premiers GI's entrent en ville en fin de matinée et les lurons qui se cachaient dans leurs caves vont exploser de joie avec la

liberté retrouvée. Dans les villes libérées on danse, des bals sont improvisés, sur le trottoir bien souvent. Ce ne sera pas le cas

à Lure car la ville pleure ses morts. Dans une cité de 5 000 habitants (à l'époque), chacun a, parmi les victimes des bombardements

un parent, un voisin, un ami, une connaissance.

Les premiers obus allemands tombent sur la ville à peine libérée ou la population, dans l'euphorie de la liberté retrouvée, va

déambuler imprudemment. 5 victimes seront à déplorer.

Une pièce d'artillerie allemande a été repérée par un civil au lieu dit "Les Montcharvaux" sur la route de Saint Germain. L'intéressé

communique ces renseignements au trio de résistants FTP qui se rend alors au poste de commandement du 15ème RI qui s'est

installé à l'école Sainte Anne. L'officier qui les reçoit repère la pièce sur sa carte d'état major, où elle est localisée sous un gros

cerisier. "Dans 5 minutes elle n'existera plus" dit-il. Il faudra néanmoins un petit quart d'heure à l'artillerie US pour neutraliser la

pièce. Pendant plusieurs jours on pourra observer les débris de l'arbre, du canon...et de ses servants.

 

Le dimanche 17 septembre, alors que les lurons continuent à festoyer, une colonne du 15ème RI s'engage en fin d'après midi en

bordure de la route menant à Saint Germain. Les allemands se sont solidement retranchés au Nord Est de Lure dans les forêts

du Tertre et du Mortard : trous individuels, tranchées, nids de mitrailleuses...

Les premiers GI's sont abattus comme des quilles (On en dénombrera entre 15 et 20 le lendemain).

La riposte est immédiate et des plus sanglantes. L'artillerie US qui ne fait pas dans la dentelle pilonne ces nids de résistance

et réalise un carnage épouvantable. Les combats qui se poursuivent la nuit dans la forêt.

L'épouvantable tuerie est découverte le lendemain par Georges Petitot dont l'habitation est alors la dernière de la ville

sur la route du champ de tir

 

Le 17 septembre aussi, Roye est libéré, Saint Germain le 18, la Côte le 21 et Lure va enfin se trouver suffisamment éloigné de la

ligne des combats pour commencer à respirer. Cette période du 17 au 19 septembre voit les troupes françaises relever petit à petit

les unités américaines.


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