Témoignages

 

> Notes historiques rédigées par L'Abbé THOMASSEY, curé de ROYE à l'époque. En  1946, il a écrit un petit livre "Roye et la région de Lure, notes historiques - souvenirs de guerre". Voici une sélection des passages qui concernent la période de septembre 1944 :


"Les 9, 10,11 septembre, de nouveaux contingents de soldats de la Wehrmacht battant en retraite, restent un jour au pays. (Roye à 2 km au sud est de Lure)

Après chaque départ on constate la disparition d'un objet ou d'un autre; les outils, les pioches, les pelles disparaissent, des camions entiers de tous ces outils sont partis vers le Rhin; sous prétexte de creuser des tranchées ou des abris, ils demandaient ou prenaient ces outils qu'ils ne rapportèrent jamais.

Les avions américains sillonnent le ciel, ils mitraillent les convois sur les routes. Villersexel est pris. La bataille se rapproche sans arrêt, le canon tonne dans la direction de Moffans et de Vy-les-Lure et en même temps plus à l'est, du côté de Clerval et d'Héricourt. La nuit, impossible de dormir. La maison tremble, des éclairs sillonnent le ciel, le bruit roulant du canon continue sans cesse. De temps en temps on entend une mitrailleuse et plusieurs explosions, probablement des bombes; dans quelques heures la bataille aura lieu chez nous, chacun le sait, on s'y prépare.

On voit arriver, trainés par des chevaux, des canons pour la défense anti-aérienne et de la défense anti-chars; ils (les allemands) vont se mettre en batterie : les uns à l'entrée de la prairie, les autres du côté nord, à l'endroit dit les "Marcels".

Un jour, on voit aussi défiler au village une dizaine de prisonniers américains; ils ont l'air d'être bien traités, un soldat allemand leur offre une cigarette, ils font eux même leur soupe et se rendent chaque jour à l'appel en mairie.

Le mercredi 13 et le jeudi 14 septembre, les allemands installent une batterie d'artillerie au mont Randon, à l'entrée de Lure. Toutes ces deux journées nous assisterons, de la plaine de Roye, au duel d'artillerie qui ne cessera que la nuit venue. On voit exploser les arrivées aux approches de la ville. La bataille pour Lure est commencée. Dans la soirée du 14 septembre, Roye subit son premier bombardement; commencé vers 8 heures du soir, il ne se terminera que vers 11 heures. Beaucoup de gens effrayés par le sifflement du premier obus, se cacheront dans les abris, d'autres dans le foin du grenier et dans les écuries. D'autres, moins peureux, contempleront le spectacle. Les obus de 155 arrivent de la direction du Pont Charvari, ils passent au dessus du village en sifflant et en dégageant parfois des trainées lumineuses et ils explosent avec un vacarme d'enfer au carrefour des routes de la Verrerie ou vers l'ancienne gare des C.F.V (Chemins de Fer Vicinaux). Sur la route Lure-Belfort passent sans arrêt des camions militaires. Vers 11 heures, une fusée verte, puis rouge brille tout à coup sur la route de la Verrerie et le tir s'arrête aussitôt, il ne reprendra que plus tard dans la nuit. Les maisons ébranlées sont toujours debout, seules les vitres jonchent le sol.

Les Américains entrent à Lure le samedi 16 septembre. Lure n'a reçu que quelques égratignures, il ya quelques morts et quelques blessés. A l'entrée de la ville les arbres sont coupés et couchés sur la route, le pont de l'Ognon est détruit, les rues et les maisons sont superbement pavoisées, les cloches sonnent, nous les entendons depuis Roye. C'est l'allégresse générale; on organise des danses et des réjouissances. Depuis quatre ans les Lurons comme tant d'autres attendaient cet heureux jour.

Pendant ce temps, les allemands coupent les arbres en bordure de la route de la Verrerie et les couchent sur le passage de la route; ils font sauter le pont du Rahin qui relie Roye et Frotey; les toitures des maisons du village et- même un vitrail de l'église sont emportés par l'explosion. Ils réquisitionnent tous les chevaux du village et des villages voisins pour remplacer les leurs qui sont bien fatigués; ils volent les récoltes et les animaux des fermes; ils enfoncent la porte du clocher pour y pénétrer et pour y installer un observatoire, ils examinent la plaine de Lure et repèrent les mouvements des armés américaine; ils ont l'air farouche, ils commandent sèchement : "Schnell...Schnell...", leurs yeux brillent d'un éclat inaccoutumé, on sent qu'ils veulent se battre.

En cette journée du samedi 16 septembre, ils évacuent les habitants de la Verrerie à qui leurs amis de Roye donneront asile; ils y resteront deux jours et deux nuits. Les soldats allemands installent des mines sur la route de Belfort. Pendant qu'ils en installaient une au carrefour des routes de la Verrerie, près de la maison Léon Girard, il y eu subitement une explosion et les quatre hommes furent pulvérisés. On retrouvera une tête pendue aux fils électriques et des débris humains de tous côtés. Tous ces restes furent mis dans une boite et enterrés sur place..."

 

Les Américains :

"Il ne sont restés chez nous que pendant deux jours, les 18 et 19 septembre; nous avons eu peu de contacts avec eux. Le dimanche 17 septembre au matin, en passant sur le bord de la route de Roye à la Verrerie, les habitants ont aperçu le cadavre d'un soldat américain probablement tué la nuit au cours d'une reconnaissance; il avait été rangé sur l'accotement, une gerbe de fleurs déposée à ses pieds, un chapelet enroulé autour du poignet. On suppose que ce soldat, obligé de monter la garde ou de faire une reconnaissance, a été tué par l'Armée allemande. Il est resté là plusieurs jours; finalement un camion l'a emmené vers le cimetière américain de Vesoul.

Dans la soirée du 18 septembre, une fois la nuit tombée, ils (les américains) rendirent visite aux habitants du village. Très courtois, très aimables, ils racontèrent leurs campagnes et leurs nombreux voyages : Naples, Rome, Tunis, Dakar, Marseille, Lyon, etc, le Vatican, le Pape. Ils montrèrent le chapelet offert par le Souverain Pontife à chaque soldat en visite au Vatican et demandèrent des souvenirs de leur passage à Roye. Naturellement un échange de gâteaux et de cigarettes eut lieu.

Nous garderons un excellent souvenir de nos libérateurs et de leur légendaire Jeep surmontée de l'antenne radio. Leur sourire nous a conquis et nos cœurs leur conserveront une reconnaissance durable et sincère".
                  


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