Témoignages

En complément, et avec l'aimable autorisation des éditions Charles Hérissey - 15, rue Saint-Thomas 27000 Evreux et

des Editions de Montbel - 8, rue de Coucelles 75008 Paris, voici ici un extrait du livre de Monsieur Marcel Euvrard

"Le carnet de Guerre de Bon Papa" qui décrit les événements du côté de Vesoul

(libéré le 12 septembre 1944 par la 3ème DIUS)


"….Depuis le samedi 26 août, Vesoul présente un aspect inhabituel. Beaucoup de troupes allemandes traversent la ville,

certaines campent dans les rues, sur les trottoirs. D’interminables convois déferlent, se dirigeant vers l'est. Nous voyons

passer des autos de toutes sortes et de tous modèles, des camions chargés et camouflés de branchages, des tanks énormes

montés par hommes à la mine sinistre. Beaucoup d’isolés fuient à bicyclette. Nous avons nettement l’impression que l’armée

allemande est en pleine déroute et nous la regardons passer sans manifester extérieurement, mais la joie au cœur.

 

Puis nous assistons à la réquisition ou plus exactement au vol des véhicules civils de toutes espèces. Les autos sont

particulièrement recherchées. Les vélos sont également fort appréciés.

Les avions alliés rôdent sans cesse au dessus de la région, mitraillant copieusement les nombreux convois sur les routes

aux environs de Vesoul.

 

Dans cette attente fiévreuse les jours passent. Nous confectionnons des drapeaux aux couleurs alliées qui seront

soigneusement cachés jusqu’à l’arrivée des anglo-américains…

Il est 13 h 15 environ lorsqu’une explosion formidable ébranle la maison. Nous apprenons quelques instants après que les

allemands viennent de faire sauter le pont de la Colombine. Les mitrailleuses crépitent toujours, des coups de fusil partent

du parc voisin.

 

Nous sommes à nouveau réfugiés dans la cave où, malgré le danger qui nous entoure, nous restons calmes et jouons aux cartes.

Puis, nous percevons, lointain et intermittent, un bruit de moteur ; il semble se rapprocher doucement et nous laisse supposer

qu’il s’agit d’un tank avançant prudemment. Mais à 13 h 40, nous entendons soudain crier « Les voilà ! les voilà ! »

 

Je bondis hors de la cave et je vois, descendant le village (NAVENNE), en tirailleurs de chaque côté de la rue, des soldats

 vêtus de kaki, chaussés de bottes à semelles caoutchoutées. Ce sont eux : les AMERICAINS ! Eux, que nous attendons

depuis quatre ans ! Eux qui nous délivrent enfin de l’oppresseur allemand, de cet ennemi qui, depuis juin 1940, martèle notre

sol, déporte nos populations, martyrise nos compatriotes et réduit à néant notre économie nationale.

Ils arrivent, descendant la côte dans un silence complet. Aux premières acclamations qui les saluent, ils nous demandent par

signes de faire le silence, car il leur faut être prudents. Et lentement, en file indienne, l’arme prête, le visage mal rasé et

poussiéreux, ils progressent.

 

Notre émotion est immense, les larmes perlent à nos paupières et nous croyons rêver. Mais non pourtant ! Voici déjà un groupe

de soldats allemands prisonniers ; ils remontent le village, les mains derrière la nuque.

 

Nous admirons l’équipement du troupier américain. Composé d’un blouson kaki et d’une large culotte serrée aux chevilles par

une courte guêtre, il donne une impression de confort et de souplesse.

Le sac genre « tyrolien » que chaque soldat porte aux épaules est un sérieux perfectionnement de notre fameux

« as de carreau ». Le casque imposant qui complète cet équipement rappelle quelque peu le casque allemand.

Déjà le village se pavoise. De toutes les fenêtres surgissent des drapeaux alliés et des guirlandes de papier.

Puis voici les premiers tanks, ils arrivent lentement. Leur masse imposante et leur forte artillerie nous inspirent confiance.

Voici les autos de campagne, les fameuses « Jeep » avec leurs remorques…

 

La ville a revêtu un air de fête. Partout d’immenses banderoles aux couleurs alliées, des drapeaux innombrables saluent

les arrivants. Une foule énorme, joyeuse et soulagée circule dans les rues. Dans une suite impressionnante de véhicules

motorisés, les soldats américains affluent de toute part, accueillis par les applaudissements de Vésuliens.

 

                                                                           


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Auteur Thierry JUIF
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