LURE dans la tourmente 1940

L'occupation en zone interdite : La vie à Lure sous l'occupation

Selon les témoignages recueillis, la première préoccupation des allemands en arrivant fut d’avancer les horloges d’une heure (ce que l'on a appelé aussitôt "l’heure allemande")

Les soldats de l’armée d’occupation s’établirent à la caserne de Lure, sur laquelle ils firent flotter le drapeau à croix gammée.

Ils peignirent le portail de l’entrée de la caserne aux armes de la Wehrmacht et le quartier Lasalle devint ainsi la                               « MACKENSEN Caserne »

 

Chaque jour, ils défilaient en ville en chantant, et de leurs lourdes bottes, ils martelaient le sol en cadence.

La Feldgendarmerie s’installe dans une des plus belles maisons de la ville et toute la journée, les feldgendarmes parcourent les rues et les villages voisins pour s’assurer de l’observation des règlements en tous genre : par exemple il est défendu de lâcher d’une main le guidon de son vélo, les phares de tous les véhicules doivent être camouflés…chaque PV coûtait la somme de 20 Fr payable immédiatement.

Tous les soirs les soldats allemands circulent dans les rues après le couvre feu fixé à 21 heures. Le moindre filet de lumière qui s’échappait d'une vitre rendait le le résident comptable d'une amende de 20Fr

Etat Major de la Kommandantur

EM de la kreiskommandantur

Le capitaine GOERLITZ

La section d'intervention de la Feldgendarmerie

Le soldatenheim, foyer du soldat pour les militaires allemands dans la grand rue

Le ravitaillement fut le souci de beaucoup. Quand les allemands arrivèrent en France, il y avait déjà des cartes de rationnement pour le pain et le sucre mais on trouvait encore de tout à part ces deux denrées.

Avec l’occupation, sur le marché français, la population manquera progressivement des choses les plus simples et tout aussi indispensables comme les allumettes, le sel, le lait…etc.

Cette situation s'explique par plusieurs causes : En effet, avec la mobilisation de nombreux agriculteurs, plus tard faits prisonniers, n'ont pu regagner leurs terres et mettre en place leurs cultures, par  ailleurs les bombardements ont détruit la plupart des usines agroalimentaires et des minoteries.

A ça se rajoute, les réquisitions opérées par l’occupant, il s'en suivi donc une pénurie générale qui s’installa dans toute la France.

Concrètement, dans chaque département, la gestion et la répartition des denrées alimentaires sont confiées à la Direction du Ravitaillement Général.

En fait, le lait, le beurre, le fromage et la viande étaient en majeure partie réservés aux occupants.

En effet, tous les produits sont taxés et doivent être livrés à la réquisition.

Chaque mois, chaque individu perçoit les feuilles de tickets correspondantes à sa catégorie (adulte, femme enceinte, personne âgée…etc.)

Cartes de rationnement - collection personnelle

Mais le fait d’être en possession de tickets de rationnement ne donne pas systématiquement droit aux quantités mentionnées car au fur et à mesure de l’occupation certaines denrées deviennent de plus en plus rares.

Le lait écrémé remplaça le lait entier : il était interdit aux cultivateurs de livrer leur lait en dehors de la coopérative.

Chacun eu sa carte de lait, les enfants et les personnes âgées eurent droit à une petite quantité de lait entier.

Les grains de café furent remplacés par de l’orge grillé ou même des glands de chêne que les enfants devaient aller ramasser dans les bois et qui leurs étaient payés 2 Fr. le kilo !

Dès le milieu de 1941 le tabac commença aussi à se faire rare. La carte de tabac entra en vigueur en août 1941 : elle donnait droit à 1 paquet de cigarettes par semaine pour 6 Fr, puis à 2 paquets par mois…

Pour en avoir plus, il fallait donner en échange du beurre, des œufs…ou bien  recourir à des expédients comme fumer des feuilles de mails

Puis les matières grasses et la viande furent rationnées. Chacun avait droit à 100 gr de viande par semaine, si on voulait plus, il fallait recourir au marché noir et payer en conséquence.

Bientôt, ce furent les vêtements qui devinrent introuvables. Dès les premiers jours de l’occupation, les allemands avaient envahi les magasins et envoyé par colis individuels à leurs familles les stocks d’habilement qui ne seront jamais reconstitués.

Avec la carte de vêtements, il n’était délivré que des « erzats »

Un peu plus tard, les magasins devront rester fermés 4 jours par semaine ! et le trafic des vêtements comme de l’alimentation se fera au marché noir...

En décembre 1940 des bons de chaussure furent distribués. Quelques chanceux pourront en obtenir mais la plupart seront réduits à porter des sandales à semelles de bois.

Exemple des rations prévues pour le mois d’octobre 1941 :

-          Viande 90 gr/semaine

-          Fromage 50 gr/semaine

-          Sucre 500 gr/ mois

-          Succédané de café 150 gr/ mois

-          Pain noir 275 gr/jour pour les adultes

-          Chocolat 150 gr/mois

-          Matières grasses 100 gr/mois

Pour donner une idée de tous les produits contingentés, voici une énumération des diverses cartes que tout citoyen français devait avoir en sa possession de 1940 à 1945 :

-          carte d’identité

-          carte générale d’alimentation

-          carte de circulation

-          carte de sucre

-          carte de pain

-          carte de savon de toilette

-          carte de savon ç barbe

-          carte de viande

-          carte de charcuterie

-          carte de fromage

-          carte de lait

-          carte de matières grasses

-          carte de pommes de terre

-          carte de vin

-          carte de matières diverses (outils, clous, vis, casseroles, pneus…)

-          carte de vêtements

-          carte de chaussures

-          carte de jardinage

-          carte de tabac

-          carte de papier pour les écoliers

-          carte de travailleur de force

-          carte de régime

-          carte de priorité (pour les familles nombreuse et les femmes enceintes

A la campagne, la situation est plus facile que dans les grandes villes, mes grands parents disposaient d'un grand jardin potager et élevaient des pigeons et des lapins pour se nourrir de produits frais.

Durant l'occupation, les distractions sont rares, et les informations dans la presse sous contrôle de l'occupant.

Les heureux possesseurs d'un poste de radio (TSF comme on disait alors) essayaient de capter la radio anglaise BBC pour écouter Maurice SCHUMANN dans des émissions comme "honneur et patrie", "voici la France libre" mais l'écoute de la radio de Londres était interdite et en cas de contrôle, il valait mieux ne pas laisser trainer n'importe où l'aiguille du cadran...

Poste de TSF

En Franche Comté, les auditeurs ont plaisir à écouter la voix du speaker de "Radio Sottens" : "on communique officiellement...etc. " et, surtout pour les "chroniques de la situation internationale" de René Payot, le vendredi à 19 h 25.

La Suisse n'est qu'à 60 Km de Lure, "Radio Sottens" en fait la Radio Suisse Romande, média puissant, neutre, francophone, était très bien reçu dans l'est et fournissait des informations sérieuses. On l'appelait "Sottens" car l'émetteur de cette radio était basé sur la commune de Sottens dans le canton de Vaud.

De part sa situation en territoire helvétique, ses ondes n'étaient pas brouillées par les autorités allemandes ou italiennes.

Durant ces sombres années, les compte-rendus de deux grands journalistes, René Payot et Jean-Rodolphe Von Salis, ont représenté les seules voix libres d'Europe.

"On écoutait radio Sottens car elle disait le vrai, face à une énorme propagande mensongère qui inondait les pays occupés par les nazis" (Précis d'histoire de la radio et de la télévision. par Robert Prot )

En Franche Compté, au début de juillet 1944, les allemands commencent à réquisitionner tous les véhicules automobiles. Cars, camions… pour éviter que les « terroristes » comme ils appellent (ceux de la Résistance), ne s’en emparent pas pour s’organiser ou se ravitailler, mais surtout parce qu’ils prévoient qu’ils en auront besoin pour repasser le Rhin, devant l'avance inéductable des armées alliés

Les trains ne circulent plus, car les cheminots se sont mis en grève. Le courrier n'arrive plus.

On apprends néanmoins que le Maréchal Pétain est passé à Lure et à Roye en automobile accompagné de soldats et de miliciens. Il venait de Vichy et se dirigeait sur Belfort pour gagner l'Allemagne.

C'est bientôt fini ces quatre ans d'occupation et de privations !

Lure serra libérée le 16 septembre 1944.

Pour étoffer cette chronique de l'occupation en Franche Comte et à Lure en particulier, je recherche tout type de témoignage ou illustration. J'invite toutes les personnes intéressées à me contacter.

Vos contributions seront bien sur publiées si vous le souhaitez


La mobilisation La drôle de guerre Le printemps maudit La guerre vécue par Georges JUIF L'occupation en zone interdite La Libération !

 

 

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